Thursday, May 14, 2009

Introduction


Nous sommes à l'aube de grandes modifications : le vieux monde issu de la fossilisation médiévale de l'Europe occidentale en petites entités plus ou moins autonomes prend fin. Avec lui disparaissent des langues, des particularismes, des caractères irréductibles, des peuples. Plus de deux millénaires où l'exception était la règle s'évanouissent face à la mondialisation économique. Ce blog n'a toutefois pas vocation à regretter le monde d'autrefois. L'auteur de ces lignes pourrait le faire avec avantage, alternant pathos et diatribe. Il ne s'y résoudra pas. Je ne cherche en effet qu'à témoigner imparfaitement de ce qu'a pu être ce qui se dérobe sous nos yeux.


We're at the eve of massive modifications : the old world that resulted from the medieval fossilization of Western Europe into tiny entities that were more or less autonomous is ending. Along with that world languages, peculiarisms, diehard characters, peoples are disappearing. More than two millenia during which the exception was the rule are vanishing at the hands of economic globalization. This weblog doesn't aim at missing yesterday's world. The author of these lines could do it very well, alternating pathos and diatribe. He won't. My goal is only to imperfectly show how what is now collapsing used to be.



L'anthropologie physique est une science désuète. Elle cherchait des explications dynamiques alors qu'elle était condamnée à une description statique. Quelques intuitions se sont avérées justes, vérifiées par la génétique des populations. D'autres n'étaient que de belles fables qui expliquaient simplement ce qui était complexe. L'échec de l'anthropologie physique classique ne doit pas cependant condamner son objet. D'une part, il s'est trouvé de brillants auteurs qui ont toujours su relativiser les lourds concepts de cette science : c'est notamment le cas de la trop longtemps méprisée Ecole française, qui n'aura eu de cesse d'insister sur le caractère arbitraire de toute typologie et de mettre en évidence les traits secondaires comme clé d'analyse la plus pertinente. D'autre part, les difficultés à appréhender un problème ne doivent jamais nous faire renoncer à nous y attaquer, par toutes les voies qui s'offrent à nous.

Physical anthropology is an obsolete science. It sought dynamic explanations whereas it was condemned to static descriptions. Some intuitions were proved to be right thanks to genetics. Others were just nice fables that gave simple explanations to complex things. However, the failure of physical anthropology should not condemn its purpose. On the one hand, one could find brilliant authors who succeeded in relativizing clumsy concepts : amongst them were scientists from the French School who insisted on the arbitrary character of typology and emphasized on secondary traits as a way to obtain a pertinent analysis. On the other hand, difficulties to comprehend an issue should never make us renounce dealing with it through every way offered to us.



Je résume brièvement mes axiomes :

- L'Europe occidentale est une mosaïque de petites entités géographiques qui sur des substrats ou superstrats communs, ont toutes développé des caractéristiques originales, fruit de l'isolement relatif induit par la société chrétienne médiévale.

- Ces entités géographiques sont une famille élargie : on peut trouver parmi les populations des traits physiques secondaires communs et conjecturer l'existence d'ethnies qui transcendent la typologie classique dont l'intérêt est de fournir un vocabulaire. Seule la génétique donne des solutions définitives quant à l'ethnogénèse des différentes entités étudiées.

- Le caractère autochtone d'un individu peut être facilement identifié via son patronyme. Ceux-ci attestent d'une filiation ininterrompue depuis au moins le XIIème siècle. La patronymie est une science maltraitée, notamment sur le Net, où fleurissent les explications interprétatives folkloriques.

Let's briefly sum up my axioms :

- Western Europe is a mosaic of little geographical entities which developed original characteristics - despite substrates or superstrates - because of isolation induced by the medieval Christian society.

- Those entities are an enlarged family : one can find common secondary traits and speculate the existence of ethnies transcending classical typology whose relevance is to provide vocabulary. Only genetics can give definitive solutions about these regions' ethnogeneses.

- The autochtonous character of an individual can be easily identified through one's surname. Surnames prove an uninterrupted filiation at least since the XIIth century. Patronymy is a mistreated science more particularly on the Internet where folklorical explanations are thriving.



Ma démarche est donc la suivante :

- Je définis une entité selon des critères variés : limites ecclésiastiques héritières des civitates antiques, limites géologiques, limites linguistiques, ...

- Je sélectionne des individus vivant dans la région selon le caractère autochtone de leur patronyme.

- J'obtiens ainsi un échantillon représentatif des "indigènes" (excusez le mot !) dont on peut tirer en toute humilité des conclusions très approximatives (je ne peux attester que du caractère autochtone paternel et une photo est seulement une photo) mais qui peuvent être intéressantes. En tout état de cause, le XIXème siècle n'aurait pas fait mieux que je ne peux faire. Nous sommes dans l'attente d'études génétiques précises qui prendront en compte le facteur local.

- Par jeu, je propose des "image-morphs" des 32 individus sélectionnés.

Here's my approach :

- I define an entity according to various criteria : religious borders heir to ancient civitates, geological or linguistic borders, ...

- I select individuals living in the region according to the autochtonous character of their patronyms.

- I thus get a representative "sample" of "indigenous" people of the area (forgive me for this vocabulary !) that allows us to humbly conclude aproximate yet interesting things (only the paternal autochtonous character can be proved and a pic is just a pic). By the way, the XIXth century could have not made it better than I do. We're waiting for precise genetic studies that will take into account the local aspect of the issue.

- Just for fun, I offer some "morph" pictures out of the 32 individuals that were selected.



Mes champs d'étude sont assez classiques : je confesse un attrait pour la "Romanie" et ses marges (Italie, France, Espagne, ...). Je suis ouvert à toute proposition et à tous vos commentaires. Très vite, de la matière !

My fields of study are quite classical : I confess an attraction to "Romania" and its margins (Italy, France, Spain, ...). I'm opened to your proposals and comments. Stay tuned !

9 comments:

  1. J'ai vu tes nombreux morphs sur anthropology forum, et je pense que tu devrais les reporter et les compiler sur ton blog. Je n'avais vraiment pas idée de la diversité régionale française avant de lire tes posts, et je trouve ton travail très intéressant et instructif. J'ai hâte de voir le portrait du "français moyen" auquel tu arriveras.

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  2. Je partage avec Anonymous l'intérêt qu'il porte aux travaux de Heraus. Mais lorsque l'auteur de ce premier commentaire écrit qu'il a hâte de voir le portrait du "Français moyen", j'ose espérer qu'il ne se fait pas toutefois trop d'illusions sur le degré de rigueur scientifique d'une telle élaboration éventuelle. Sinon, le risque serait grand de retomber dans l'ornière qui a contribué grandement à discréditer l'anthropologie physique, à savoir le concept de "type" en tant que moyenne statistique prise pour parangon à l'exclusion de toute divergence considérée dès lors comme aberrante.
    J'ignore si Heraus dressera le portrait du "Français moyen", mais s'il le fait je ne crois pas trop m'avancer en disant qu'il aura exécuté une oeuvre ludique avec une bonne dose d'humour.

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  3. Jean-Pierre Bocquet-Appel, Directeur de Recherche au CNRS et versé dans l'anthropologie démographique, est l'auteur de "L'anthropologie physique en France et ses origines institutionnelles" :

    http://www.evolhum.cnrs.fr/bocquet/gradhiva89.pdf

    Un témoignage de plus sur le fiasco du concept essentialiste de "race" en tant que type immuable, concept que dénonçait intelligemment Stanley M.Garn dans son livre "Les races humaines" sorti en France en 1964. L'auteur remplaçait ce concept désuet et fallacieux par celui de "race-population" éclairé à la lumière de la génétique. La "race" devient dès lors synonyme de "population (naturelle)" ou, comme le dirait autrement Steve Sailer, de "famille extrêmement élargie".
    Cela dit nous sommes en France et depuis les ravages du politiquement correct il est préférable de renoncer à employer le mot "race" même génétiquement reconverti... afin de ne pas courir le risque de passer pour un ignoble raciste. Bien que je viens d'apprendre qu'un généticien bien de chez nous, pourfendeur impénitent de la "race" et des "races", vient récemment de reconnaître qu'il existe bel et bien des caractères raciaux chez les humains tout en soulignant l'inconsistance des races. Une façon de mettre de l'eau dans son vin, ou bien une relecture plus ou moins attentive des écrits de Dobzhansky ?

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  4. Je ne me fais aucune illusion d'aucune sorte, et je me soucie bien peu de l'histoire des controverses passées au sujet de l'anthropologie physique en France ou ailleurs.

    Je suis tout simplement, et comme un très grand nombre de français, issu de plusieurs régions françaises et c'est la raison pour laquelle j'ai écris avoir hâte de voir le portrait du "français moyen".

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  5. Par cette digression sur l'anthropologie physique, je voulais simplement mettre l'accent sur le côté ludique, rigolo, "fun" dans cette espèce de portrait-robot du "Français moyen". Il serait intéressant de le comparer au portrait que l'on pourra en faire dans peu de décennies...
    Après, que l'on se soucie ou pas des controverses au sujet de l'anthropologie physique, ça relève de la "religion" de chacun.

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  6. On aurait pu espérer que le blog de l'ami Heraus aurait suscité un certain intérêt... Or, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne se bouscule pas au portillon, pour l'instant du moins. Faut-il s'en étonner ? Pas outre mesure pour peu qu'on ne fasse pas l'autruche ou qu'on ne soit pas un adapte du politiquement correct. Dans un monde qui prend fin, l'intérêt pour de vieux idiomes évanescents ou/et pour des ethnies de plus en plus fantomatiques remplacées par des populations allogènes davantage prolifiques, un tel intérêt ne peut être que marginal. Ce n'est pas grave ; pour reprendre les paroles d'un illustre inconnu dont j'ai oublié le nom, l'important n'est pas d'être "dans le vent", mais d'aller "contre le vent". En tout cas, bon vent au blog de Heraus même si on s'y retrouve deux pelés et un tondu.

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  7. Très intéressant ton blogue d'anthropologie physique..

    Tu mentionnes être à la recherche d'idée de matériel... Je suis du Québec. Je pense qu'il serait très intéressant de comparer un échantillon de québécois avec analyses des différentes régions de France que tu as déjà étudiées. On pourrait ainsi voir quelle région a laissé la plus grande trace sur l'apparence du québécois moyen.

    au plaisir,

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  8. Vous demandez parfois des suggestions d’échantillon.
    En voici quelques-unes :

    Vendée : Île d’Yeu
    Maine-et-Loire : Saumurois et Segréen
    Loire-Atlantique : Pays de Retz
    Plus un échantillon de la Mayenne et un de la Vienne.


    Petite remarque : l’homme de la deuxième photo de l’échantillon du Mans que vous avez publié sur Anthrocivitas porte un nom turc, qui signifie « poète, chanteur ». La combinaison de son nom et de ses traits évoque pour moi un Turc.

    Xuesheng

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  9. Tout compte fait c'est peut etre ici que je devrais poster mon message.

    Tout d'abord merci et felicitation pour ce blog et ce travail fantastique.

    Je suggère comme échantillon celui où je suis né, où mes parents sont nés et où j'habite : le Bas Comtat (évêchés d'Avignon, Cavaillon et Carpentras, soit cités antiques des celtes Cavares et Memimiens).
    Sinon ayant des origines du pays d'Uzès (nord du Gard) je serais également intéressé par une étude de cette région.

    Bien à vous,

    Vivian B

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J'ai choisi de laisser les commentaires ouverts. Cependant vous perdrez votre temps à me sermonner et à me traiter de fasciste (ce que je ne suis vraiment pas) : je vous prie de lire mon introduction qui saura vous rassurer quant à mes intentions. Dans l'amateurisme le plus complet, je n'agis que dans un but de connaissance. Je comprendrai aisément que vous ne partagiez pas mon intérêt pour l'histoire du peuplement du monde, abstenez-vous de vous donner facilement bonne conscience sur le dos d'un travail qui se veut avant tout documentaire et humble.

I've chosen to let people comment freely on my posts. Nevertheless, you'll lose your time taunting me and calling me a fascist (which I'm really not) : I pray you to read my introduction which will reassure that my intentions genuinely aim at achieving amateurish knowledge. I understand that you may not share my passion for the history of the peopling of the World, just don't let me know as clear conscience gained by bashing a humble documentary work is useless.

http://anthrofrance.blogspot.com/2009/05/introduction.html